Nancy Ardente

J’ai comme une envie folle de faire une Samantha Ardente de moi-même. Envahie d’une fougue incontrôlable, j’ai le goût de scripteaser. Par contre, je ne dévoilerai pas mes attributs physiques. Non, je vais plutôt me faire effeuilleuse des péchés originels de la langue française. Chaque seconde des milliers, voire des millions de facebookeux nous font grâce de péchés linguistiques. Facebook est une bible formidable de fautes d’orthographe et autres impuretés du français. Sans vergogne, les internautes croquent dans le fruit défendu de la méconnaissance de leur langue maternelle. C’est tout simplement triste à lire. Sortez vos mouchoirs, Nancy Ardente met à nu quelques perles de la prose virtuelle.

Le désaccord des temps (Et même plus)

« pourquoi les dictionnaires larousse s’appelle comme ca ?? parce que s’il s’appelait lablonde il aurait que deux page !! »

La destruction massive

« la NHL n’est pas aveugle mes n’aime pas le canadien de montreal car les partisent fon trop de bruit pour eu »

« setais tres lont et plate »

La disparition du S

« Félicitation! »

« SI TOI AUSSI QUAND TU FERME(s) LES YEUX TU VOI(s) PLUS RIEN … MDRRRRRRRRRR »

Invariablement invariable

« Avec pleins de gens »

« Y sont tellements cons! »

« Jen ai assé »

Le néologisme

« Cé fous, jme disé la meme aphaire »

L’abrutissement (Ou les groupes débiles)

« A tout ce qui détèste la question :  » A quoi tu pence ???  »

« PXtain ce mec il est …mmmmh! « ouais , il est maqué quoi… » (J’aimerais bien joindre le groupe, mais j’ai aucune idée de quoi il s’agit)

« Ce soir, c’est moi qui cuisine » … « On mange quoi ? » … »Des pattes ! »… (Miam, des pattes, ça doit être délicieux en sauce tomate!)

Etc…
Etc…
Etc…

N.

S, pour statuts Facebook.

« À quoi pensez-vous? », nous demande Facebook à chaque jour, question d’alimenter nos statuts. À quoi pensons-nous, effectivement?

La réalité comico-inoffensive
Si je me fie à ce que nous écrivons tous, il est rare qu’on pense à des choses intelligentes et/ou pertinentes. Le statut Facebook relève de l’anecdote quotidienne, de la pensée inoffensive, ou de la mise en marché personnelle pour mettre en valeur nos réalisations et projets. On y va avec le côté givré de notre journée.
« Jonathan : Il reste 15 billets pour mon spectacle de samedi au Centre culturel! »
« Julie: Me semble que je boirais une slush aux raisins! »
« Carole: Mon chihuahua court dans maison avec un rouleau de papier de toilettes! »

La réalité, version clair-obscur
Ici, il est question de ces obscurs statuts où la personne a envie de dévoiler un pan complexe de sa vie, sans vraiment trop en dire. Ainsi, seuls les proches comprennent vraiment, les connaissances intéressées essaient de déchiffrer, et les autres s’en sacrent, d’où le flou artistique nécessaire, parce qu’on ne veut pas que les autres sachent réellement ce qui se passe.
« Martine: Ouf, ça réfléchit fort! » (À quoi tu réfléchis?)
« Hector: Le hamster se fait aller… » (Trouves-y une blonde?)
« Antonine: Bouger ou ne pas bouger, telle est la question! » (Heu… Tu parles de sport ou de déménagement?)

On devrait peut-être lire:
« Martine réfléchit: devenir escorte pour payer ses études, est-ce un bon choix? »
« Hector: Le hamster se fait aller… Mon boss est con, mais le salaire est bon… »
« Antonine: Laisser mari et enfants et partir vivre loin ou… rester? »

La réalité, style tragique…
Et si les statuts reflétaient parfois le côté tragique de la vie, plutôt que l’anecdotique? Je fais un test, mais je ne suis pas certaine de l’intérêt du résultat…
« Larissa angoisse à en vomir et se demande si c’est vrai que tous la détestent!???!! »
« Gervais est inquiet. Il ne s’est pas protégé, et maintenant, ça pique! :o »
« Hermégilde a pris un peu trop de pilules, mais pas assez pour crever! ¦oS »
« Natacha Pu Capab! Je viens encore de manger une volée. »
« Carlos La dépression prend le dessus, j’ai l’impression de me noyer >o( »
« Antonietta Wouhou, je viens de tromper mon mari à Vegas! »
« Marco Ah zut, j’ai flaubé toute ma paye au casino ;o( Qu’est-ce qu’on mange pour souper? ;op  »

À bien y penser, je préfère encore l’anecdote quotidienne. C’est peut-être moins pertinent, mais au moins c’est rigolo. Mais je ne suis plus capable des couleurs de soutiens-gorges et autres fruits/alcool/où tu mets ta sacoches. ;o)))
C.

(Ah oui, toute ressemblance avec quiconque est totalement fortuite!)

N comme neige…

Dehors il fait tempête, mais j’ai la chance d’être bien au chaud, bien installée au resto asiatique d’à côté. La propriétaire fait jouer en boucle de vieux succès français à la Jean-Jacques Goldman. Et moi, je mange ma soupe en regardant les gens défiler au rythme de l’hiver: lentement. Ce midi, j’ai eu la chance d’apprécier l’hiver comme une photo d’un autre temps.

C.

Que c’est triste un blogue

Ce soir, la chanson de Charles Aznavour « Que c’est triste Venise » a fait émerger en moi ceci:

Que c’est triste un blogue

Que c’est triste un blogue
Au temps des idées mortes
Que c’est triste un blogue
Quand on n’y écrit plus

On cherche encore des mots
Mais l’ennui les emporte
On voudrait bien rédiger
Mais on ne le peut plus

Que c’est triste un blogue
Lorsque les Stripteaseuses
Ne viennent souligner
Que des silences creux

Et que le coeur se serre
En voyant les pages vierges
Abriter la blancheur (Gris!)
Des blogueuses muettes

Que c’est triste un blogue
Au temps des idées mortes
Que c’est triste un blogue
Quand on n’y écrit plus

Les musées, les églises
Ouvrent en vain leurs portes
Inutile beauté
Devant notre créativité déçue

Que c’est triste un blogue
Le soir sur internet
Quand on cherche des mains
Qui ne frappent plus le clavier

Et que l’on ironise
Devant l’écran de veille
Pour tenter d’oublier
Ce qu’on n’écrit pas

Adieu jeux d’esprits
Qui nous ont fait sourire
Adieu défis littéraires
Adieu rêves perdus

C’est trop triste un blogue
Au temps des écritires mortes
C’est trop triste un blogue
Quand on n’y écrit plus

Dis C., quand est-ce qu’on s’y remet?

N.

Anti-passion, 3

Je poursuis, ma chère N., à partir de tes idées, et à partir du commentaire de W., …

L’antonyme de Passion n’est pas le calme absolu, voire plat. C’est plutôt la simplicité. Le plaisir et la douleur liés aux émotions, au travail, à l’évolution personnelle sans dramatisation. Si un proche décède, oui, on ressent de la peine, mais faut-il le suivre dans la mort et détruire sa vie? Devons-nous, comme Raskolnikov, dans Crimes et châtiments, commettre un meurtre pour comprendre la l’essence de l’homme? Avoir les yeux fiévreux et se tordre de douleur, rongé par la culpabilité et la passion? Raskolnikov en est, d’ailleurs, insupportable, selon moi. Il créé sa douleur et s’y morfond, s’y baigne et en souffre. Tout au long de ma lecture, je me disais: « Tant pis pour lui, il a couru après son malheur, je ne ressens aucune pitié. »

Il faut chercher à aimer la vie, plutôt que de rechercher la Mort (comme le disait si bien une de nos connaissances), retrouver la simplicité des actes et des pensées sans exagérer. L’absolu est trop près du fanatisme pour être juste. Et la vie sans passion n’est pas mièvre pour autant, elle est seulement vocabulairement adéquate.

Du côté des média, quand je regarde la publicité pour Passionnés pour la vie, j’y perçois un problème (sur le plan lexical, on s’entend que je trouve la campagne adéquate). L’engagement et le souci du travail bien fait semblent confondus avec le terme passion. Il est bien plus important, selon moi, d’avoir un médecin engagé qu’un médecin passionné. L’engagement laisse supposer un attachement plus profond, plus humain, plus responsable et mature, dans ce cas-ci envers une profession.

C.

Anti-passion, 2 (On s’en cr…)

Chère C.,

Dans le but de mettre ta réflexion sans dessus-dessous, je dirais même que la passion, on s’en crisse!   Oui, qu’on se révolte contre cette notion qui, tu l’as dit, est falsifiée dans nos esprits!  Souffrance.  Fanatisme.  Pathétisme.  Ces mots ne sont-ils pas des vecteurs négatifs?  Pourtant, ils sont des synonymes de passion.

Mais, assez parlé des synonymes, place aux antonymes.  Calme.  Détachement.  Lucidité.  Raison.  Bon, voilà que j’essaie de me convaincre du bien-fondé de ces mots empreints de sagesse et malheur, je reste perplexe!  Est-ce donc dire que je suis dépourvue d’émotions?  Ni enflammée, ni éteinte.  Qui suis-je donc?  C., tu as provoqué par ta sortie contre la passion un Tsunami de questions en moi.  Pourtant, j’ai horreur de la pensée positive préfabriquée du genre:

–           Je mords dans la vie (Oui, oui c’est bien, mais est-ce nécessaire de le répéter chaque jour que le Bon Dieu amène!);

–          J’aime ma vie (Tant mieux, mais écoeure nous pas avec ça!);

–          Je respire le bonheur à chaque instant (Eille le gros, laisse de l’air aux autres aussi!);

–          Un jour à la fois (Peut-on vraiment faire autrement?)

Les gens trop heureux d’être contents, ÇA M’ÉNERVE!  Et pourtant, je suis horripilée par les personnes qui usent de sagesse à outrance.  Être extrêmement bien rangé.  Avoir toujours le bon mot.  Adopter jour après jour l’attitude parfaite.  Ne jamais faire d’abus.  Respecter les règles à la lettre.  Transpirer la bonne humeur en tout temps… C’EST PLATE!

Alors, à la lumière de cela, suis-je vocabulairement neutre, voire humainement?

N.

Anti-passion

Je suis vocabulairement contre la passion.

La majorité des gens et des entreprises qui véhiculent ce terme ne connait même pas la signification première du mot. La passion, c’est d’abord la souffrance. C’est Jésus cloué sur la croix, la Passion du Christ. Allez fouiller dans votre Petit Robert ou ici. La passion implique la douleur.  Faire preuve de compassion, c’est partager la douleur de l’autre, être à son écoute. Le préfixe « com- » signifie « ensemble », comme dans « compagnon », la personne qui partage avec vous une activité. Com-passion, partager la souffrance.

En ce sens, le culte de la passion m’énerve. Il s’insinue dans les milieux professionnels d’abord en tant que source de motivation, mais sert plutôt d’espace sémantique justifiant les heures supplémentaires et le temps donné sans compter. Il oriente les rencontres amoureuses vers la satisfaction d’un sentiment éphémère et les douleurs amères de l’insatisfaction. Il trouble des gens en quête d’une carrière qui répondra à cette soif d’absolu, il désoriente des jeunes qui cherchent un simple métier, il transforme un passe-temps en obsession.

Votre travail, c’est votre passion, donc votre travail créé de la souffrance: tendinite, dépression, bursite.
Céline Dion est votre passion? Vos oreilles doivent souffrir beaucoup (allons, allons, c’est juste une blague)!

Accomplissez-vous à travers votre métier,  aimez les gens qui vous accompagnent, choisissez une carrière qui vous plaît, développez votre curiosité et vos loisirs, mais de grâce, n’en faites pas une passion! Trouvez et partagez le plaisir, pas la souffrance!

C.